Le marché mondial de la finance islamique s’assure chaque année, et quelle que soit la conjoncture, une croissance à deux chiffres (autour de 16%)

45% de la population  n’est pas encore bancarisée, soit pratiquement 1 Marocain sur 2 ne dispose pas encore d’un compte bancaire. Selon des sondages récents, près de 80% de la population manifeste de l’intérêt pour la finance participative au Maroc. Autre enseignement, 30% des personnes bancarisées seraient prêtes à migrer ou à opter pour  la formule alternative… C’est grosso modo le contexte à la veille de l’implantation des premiers établissements de financement participatif. La loi 119.12 permettant l’émission de Sukuk a été ratifiée. Elle a été suivie en 2014 par  la loi 103.12, dont le troisième titre est entièrement consacré aux banques participatives. Restent donc les décrets d’application. Le caractère institutionnel de la finance participative devra apporter de nouvelles opportunités. Mais cela fait plus de 20 ans que le milieu des affaires s’attend à l’arrivée de banques islamiques.
En effet, entreprises et particuliers s’impatientent pour accueillir les premiers entrants. Une vingtaine de demandes d’agrément sont déposées. Cet engouement sans précédent pour cette alternative de financement intervient suite au retard pris par le Maroc. «Le retard est dû à plusieurs facteurs, notamment la recherche d’une formule propre au Maroc qui permettrait des synergies avec la finance conventionnelle… Tout l’enjeu consiste à trouver une sorte de complément du modèle conventionnel, voire un moteur de bancarisation additionnelle», analyse Taib Aisse, expert et président du cabinet  éponyme. Selon Lahcen Daoudi, ministre de l’Enseignement supérieur, le retard pris par le Maroc est aussi dû à un conflit idéologique.
Du côté des experts, il y a pratiquement unanimité sur les retombées positives de ce type de financement sur l’économie nationale. Le marché de la finance participative recèle d’énormes potentiels. Les enjeux sont multiples: non seulement en termes de bancarisation et d’intégration de larges franges de la population hors circuit, mais aussi en termes de réponses souples et adaptées au tissu des PME, TPE et autres start up. Une bouffée d’oxygène au financement d’entreprises et de grands groupes industriels. S’y ajoute tout le potentiel en termes d’attractivité d’investissements conséquents (IDE), notamment en provenance du Moyen-Orient, du Royaume-Uni, de Malaise, Indonésie…  Des pays précurseurs sur les produits conformes à la charia. Ce qui devrait forcément se traduire par des revenus supplémentaires, des créations d’emplois, de nouveaux montages financiers, moins de chômage, moins de précarité… Mais ce sont surtout les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) –Koweit, Qatar, Emirats, Arabie saoudite, Bahrein, Sultanat d’Oman– qui manifestent de l’intérêt pour le Maroc. Des marchés très avancés en la matière et qui disposent de puissants fonds d’investissement.  Qatar Islamic Bank, le groupe saoudien al Rajhi, Kuwait finance House, Dubai Islamic Bank, Albaraka du Bahrein… sont autant de prétendants.
Sur le registre des opportunités, figurent toutes les autres alternatives possibles au financement aussi bien pour les particuliers  (crédit à la consommation, crédit immobilier, services à valeur ajoutée, épargne…) et les entreprises que pour l’Etat.  A coup sûr, le financement alternatif  drainera de nouvelles opportunités avec des flux d’investissements (banques, entreprises, organismes financiers, groupes industriels…).  La panoplie des produits islamiques, en particulier les émissions des Sukuks, pourrait jouer un rôle décisif dans le financement de projets d’infrastructures et d’équipements publics. Ce qui permettra de conforter l’ambition du Maroc de devenir un hub financier majeur tant à l’échelle régionale que continentale. D’ailleurs, le statut de CFC (Casablanca finance City) en tant que hub régional et continental est tributaire de la capacité de la place financière à implémenter un compartiment dédié à la finance participative.
La finance islamique bénéficie aujourd’hui d’une attente et un environnement favorable. Un contexte propice où l’argument religieux plaide en faveur de guichets alternatifs, y compris dans les banques conventionnelles. Les deux modèles ne sont pas forcément antinomiques. Ils peuvent cohabiter et faire élever le taux de bancarisation avec toutes les synergies possibles déjà démontrées ailleurs (au Royaume-Uni surtout). «La finance participative est complémentaire à celle conventionnelle, notamment à travers son rôle de moteur de bancarisation additionnelle», estime l’expert Taib Aisse.

Source: http://www.leconomiste.com/article/978885-finance-participativela-nouvelle-banque-dans-les-starting-blocks

Forum international

Malgré le retard pris ces dernières années, le Maroc est décidé à composer avec la finance alternative. 2.000 milliards de dollars d’ici 2020. Ce sont les ambitions de la finance participative, au niveau mondial. Le Maroc prend le train en route et s’inscrit dans une stratégie mondiale. Première étape: une première banque islamique en 2016 et un Forum de la finance participative, organisé à Casablanca les 19 et 20 octobre. Pendant deux jours, groupes marocains et malaisiens débattent des opportunités de ce type de financement, dans une région stratégique.