Infomediaire : Vous avez dernièrement organisé l’IPFFC 2015, le premier événement de la finance participative au Maroc,  quels ont été les objectifs escomptés de ce rendez-vous ?
 
Taieb Aisse :  L’apparition des premières banques participatives, au Maroc, est prévue pour le 2ème  trimestre de l'année 2016. Elle couronnera plusieurs années de préparation du cadre législatif et réglementaire y afférent.  C'est dans ce contexte que nous avions organisé le Forum International De La Finance Participative Casablanca IPFFC 2015  dans l'objectif de faire bénéficier les acteurs et les professionnels marocains d'un benchmark international et de 40 ans d’expériences des autres pays dans le domaine. 
Cet événement qui a accueilli plus de 400 personnes pendant deux jours a été un espace de partage et d'échange pour discuter des potentialités du développement de la finance participative au Maroc et des facteurs clé de succès de cette industrie et de ses mécanismes créateurs de valeur.
 
Infomediaire : Commet voyez vous l’essor de la finance participative et ses perspectives de développement dans le Royaume ?  
 
Taieb Aisse :  Les perspectives sont  prometteuses. En effet, plusieurs facteurs militent en faveur de développement de cette industrie notamment le taux de bancarisation actuel qui ne dépasse pas selon les dernières estimations optimistes le taux de 64% ainsi que l'attente d'une large partie de la population. A cette égard, une étude de marché de la finance participative au Maroc a avancé que 97% des interviewés seraient Intéressés par les produits de la finance participative.
 
Par ailleurs, cette industrie devrait proposer des solutions innovantes et éthiques qui pourraient satisfaire les besoins de financement de l'entreprise et même de l'Etat marocaine. 
Infomediaire : Comment l’industrie de la finance participative peut être un levier de développement pour l’économie Nationale ? Quid du volet social ?
Taib Aisse :  La finance participative permettra à l’économie Nationale  de mobiliser des ressources financières complémentaires nécessaires à l'accompagnement des stratégies et des chantiers de développements lancés au Maroc. D'autres parts les instruments de financement de l'investissement qui seront proposés dans le cadre de cette nouvelle industrie constitueront une bouffée d’oxygène pour l’entreprise marocaine.
 
Par ailleurs, l'écosystème de cette industrie comprend une composante sociale constituée entre autres de la Micro Finance Participative, Al Quard Al Hassan et la ZAKAT. Ces instruments ciblent des couches défavorables et constituent d'importants leviers pour la lute contre la pauvreté et la précarité.
 
Infomediaire : Pourquoi avoir choisi la Malaisie comme invité d’honneur de cette première édition de l’IPFFC 2015 ?
 
Taieb Aisse :  La Malaisie s'est lancée dans le domaine de la finance participative depuis 1982. Dès lors, le pays s’est progressivement doté d’une législation et d'une réglementation étoffées sur la base d’une interprétation orientée finalités de la charia "maqasid al-Shariah".
La Malaisie s’est particulièrement illustrée dans l'expansion de la finance participative. Elle est considérée durant près de trois décennies comme une des nations les plus avancées dans cette industrie. 
Par ailleurs, le modèle Malaisien est intéressent en raison des multiples similitudes avec le Maroc notamment, la réussite de la cohabitation entre les deux types de la finance: participative et conventionnelle.  
 
Infomediaire : Comment voyez-vous le cadre législatif instauré par le Maroc en vue du lancement et du développement de la finance participative dans notre pays ?
 
Taieb Aisse :  Le Maroc a décidé de concevoir un cadre institutionnel adapté aux spécificités locales. Ledit modèle cible une meilleure synergie au niveau macro économique entre la finance conventionnelle et celle participative. Ainsi, en 2013 il a mis en place la loi 119.12 permettant l’émission de Sukuk. Et au début de cette année, on a publié la loi 103.12 dont le troisième titre est entièrement consacré aux banques participatives. Toutefois, il est nécessaire de compléter cet arsenal par la mise en place des lois relatives au TAKAFUL et au marché inter bancaires de cette industrie. Ceci permettra un développement soutenu de l'ensemble de l'écosystème de la finance participative. 
 
Par ailleurs, l'essor de la finance participative est conditionné par d'autres facteurs aussi importants que le cadre juridique à savoir:
 
– La mise en place d'un cadre fiscal garantissant le principe fondamental du « traitement égal et de la neutralité fiscale ». Ainsi la double imposition des produits de la finance participative doit être évitée. Du même, il faut mettre en place des mesures incitant cette nouvelle industrie à proposer les instruments de financement de l'investissement (MOUCHARKA, MOUDARABA, etc) pour ne pas se focaliser sur le financement de la consommation.
 
– La formation des ressources humaines qualifiées qui s'approprient les valeurs, les concepts, les fondements et les outils de la finance participative.
 
 
Infomediaire : A l’issue de IPFFC 2015, vous avez signé une joint-venture avec le groupe Malaisien AMANIE pour voir naitre ‘‘AISSE AMANIE’’. Dans quelle dynamique s’inscrit le lancement de cette nouvelle structure ? 
 
Taieb Aisse : Effectivement, l'IPFFC 2015 a été couronné, entre autres, par la signature d’une joint-venture entre le Cabinet AISSE et le groupe Malaisien AMANIE. Ce partenariat a engendré la création d’AISSE AMANIE, structure spécialisée en conseil et formation dans le domaine de la finance participative. 
AISSE AMANIE bénéficiera du savoir-faire d’une équipe pluridisciplinaire constituée d’experts nationaux et internationaux et aura pour objet d'accompagner le développement de cette nouvelle industrie en offrant  des prestations de conseil adaptées aux besoins des institutions financières marocaines, à titre indicatif et non exhaustif :
 
– La conception et l’assistance à la mise en place des produits de la finance participative conformément à la législation et la Charia, (Moudaraba, Moucharaka, les Sukuks, les fonds d'investissement, les instruments de liquidité…);
– L'accompagnement des institutions de  la finance participative à la mise en place d'une gestion comptable et d'un système d'information adaptés. 
– L'ingénierie et le conseil en financement de projets par les instruments de la finance participative   ;
– L'accompagnement des institutions de  la finance participative à la mise en place des structures d'audit (comptable et conformité Charia);
– L'accompagnement à la mise en place des politiques marketings des banques participatives ;
– Le renforcement des capacités et la formation certifiante des ressources humaines de la finance participative;
– La gestion d’actifs ;
 
Source: http://www.infomediaire.net/invite_du_mois/taieb-aisse-president-du-cabinet-aisse-forum-de-la-finance-participative/